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PRESSE

Max, la véritable histoire mon père

 

L'histoire

 

Quand j'étais enfant, mes parents et moi vivions à la Croix Rousse, à Lyon. Ma mère avait un magasin de robes de mariées, et mon père était chauffeur de taxi, et boxeur à ses heures perdues. C'était un homme costaud et souvent énervé. Ils étaient tous deux d'origine italienne.
Parfois, papa s'emportait contre ses clients, jusqu'au jour où il a franchi la limite: sortir un client de son taxi à coups de poings... Il s'est fait licencier. Et comme il avait déjà une tendance à la dépression, il n'a plus voulu sortir de son canapé. Il est resté ainsi pendant de longs mois, et maman ne savait plus quoi faire. Un jour, elle a eut l'idée de le pousser à peindre un tableau, car papa aimait peindre quand il était jeune. Elle pensait ainsi lui faire un peu oublier sa détresse. Elle lui a donné mes gouaches et des feuilles, et a attendu plusieurs jours qu'il se décide. Un matin, au réveil, elle a trouvé au sol une magnifique peinture représentant la vue du balcon.
Elle s'est donc précipitée chez son ami encadreur et galeriste qui avait une boutique non loin de son magasin. Il a trouvé le tableau superbe, l'a encadré et a proposé de l'exposer dans sa galerie. Deux jours plus tard, il était vendu!
Mais mon père n'était pas très heureux de cette nouvelle. Il tenait à son tableau! Alors maman l'a poussé à en faire d'autres. Comme il ne voulait pas sortir de chez lui, il a d'abord fait tout une série de vues du bacon. Puis, petit à petit, sans avoir besoin de modèle, il a peint de splendides paysages. Le galeriste a alors organisé une exposition, et la plupart des oeuvres ont été vendues le soir même! Emballé, il a poussé papa à passer à l'aquarelle, et a proposé ses  tableaux dans divers concours.
C'est ainsi que mon père a remporté de nombreux prix, dont certains très prestigieux à Paris, à New York, à Rome... Diplôme d'honneur du grand prix international de Rome, médaille d'or de l'Académie Internationale de Lutèce, nommé sociétaire à vie de l'Art Contemporain Français à Paris en 1979, nommé titulaire « haunoris causa » de l'Académie Européenne des Beaux Arts, médaille d'argent de l'International Art Exposition au Coliseum de New York, exposant au Grand Palais à Paris...). Sa cote à grimpé, et ses oeuvres ont été exposées dans divers pays. Ma mère voyageait, s'occupait de gérer sa carrière, abandonnant son magasin pour ouvrir une galerie exposant uniquement les oeuvres de son mari.
Mais lui, toujours bougon et déprimé, n'en ai pas devenu pour autant un « homme du monde ». Il est resté dans son canapé à regarder des films d'horreur tout en peignant nonchalamment des paysages bucoliques.
Jusqu'à mes trente ans, les tableaux de mon père se sont incroyablement vendus. Les gens adoraient le côté simple et sincère de sa peinture, comme des fenêtres ouvertes sur des paysages vibrants de souvenirs... Mais un jour, lassé de peindre, à cours d'inspiration, papa a tout simplement arrêté. Du jour au lendemain.
Maman a du vendre la galerie, et papa est resté tranquille dans son canapé, à l'abri du besoin jusqu'au restant de ses jours...

 

Pourquoi j'ai voulu écrire cette histoire ?

 

A chaque fois que je racontais l'histoire de ma famille, tout le monde me disait: C'est formidable; il faut en faire un livre, ou une pièce, ou un film ! Les gens aiment les destins incroyables, et l'idée du « peintre malgré lui » est aussi drôle que séduisante, parce qu'elle fait rêver. Elle rappelle que dans la vie, tout est possible, même dans les situations les plus désespérées. C'est encourageant, et plein d'espoir. Et chacun peut s'y retrouver!
Mes parents n'étaient pas « des artistes », mais ils avaient un don: Celui de croire au destin, et d'aller toujours de l'avant. Ils m'ont transmis cette façon de penser, et c'est pour cela que je me suis lancée dans ce qui est aujourd'hui mon métier: Écrire, chanter, jouer la comédie.
Alors, à présent, j'ose aussi proposer ce film, pour moi, et aussi pour mon papa, qui est toujours là, et en mémoire de ma maman, qui doit bien rigoler, de là haut, en lisant ces lignes...

 

La pièce


Inspirée par notre vie, j'ai écrit une pièce, « Max, la véritable histoire de mon père. » Je voulais raconter mon histoire depuis longtemps, mais je ne savais pas sous quelle forme, et je laissais ce projet dans un tiroir, en attendant de trouver le temps de m'en occuper. Un soir, après la représentation d'une de mes pièces, j'ai rencontré Pierre Forest, un ami de ma metteuse en scène. Je l'ai observé tout au long du diner, et j'ai fini par lui dire qu'il ressemblait énormément à mon papa. Et je lui ai raconté son aventure. Pierre m'a alors dit: « J'adore, il faut écrire une pièce, j'aimerai beaucoup jouer ce rôle ». Ce fut le déclencheur...
Nous avons ensuite trouvé Anna Mihalcea, qui joue moi à vingt cinq ans, et je me retrouve à interpréter le rôle de ma mère. La comédienne qui avait été choisie n'étant pas libre pour le festival d'Avignon...
Evidement, en lisant ces lignes, on peut penser que je fais mon auto-psychanalyse.
Ca aurait pu être le cas, mais j'ai essayé de faire en sorte de raconter une belle histoire, avec des personnages forts et attachants. J'en oublie qu'il s'agit de la mienne. Car j'ai réinventé mes personnages, je me suis seulement inspirée de la réalité. Ma Juliette (ma mère), n'est plus vraiment ma maman, elle s'est transformée sous ma plume et a fini par me surprendre. C'est pourquoi je ne suis pas trop traumatisée de jouer ce rôle...
C'est un hommage à mes parents, mais c'est surtout une comédie, et c'est toujours salvateur de prendre du recul et de voir le côté humoristique de nos propres vies.
Mon papa, qui est aujourd'hui à la maison retraite des artistes de Nogent sur Marne, n'a pas encore vu la pièce. Il ne peut plus bien se déplacer, et j'attends une date à Paris ou proche de Nogent pour l'emmener nous voir. Je pense qu'il a assez d'humour pour pouvoir supporter le choc...
Nous avons monté la pièce au Théâtre de Draveil, en avril 2012. Elle a été programmée au festival d'Avignon, au théâtre du Chêne Noir. Elle est actuellement en tournée.

 

 

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